Nous avons précédemment détaillé l’analyse sanguine la plus fréquemment réalisée en cas de baisse de forme, lors de diverses affections ou encore dans le cadre d’un simple bilan de santé : la numération formule sanguine. Elle apporte en effet des informations capitales sur l’état de santé du cheval. Néanmoins, elle devra parfois être complétée d’autres examens sanguins afin d’affiner le diagnostic. Ainsi, en plus de cette dernière, on réalise généralement des analyses biochimiques permettant d’évaluer le fonctionnement de l’organisme. Nous allons donc détailler les principaux paramètres mesurés dans le sang lors d’un bilan biochimique classique et leur interprétation.
Le bilan biochimique classique
La molécule la plus fréquemment dosée dans le sang, toute espèce confondue, est le glucose (GLU). La glycémie (taux de glucose dans le sang) est variable au cours de la journée car elle dépend de l’apport (la digestion des aliments par l’intestin) et de l’utilisation des stocks de l’organisme. Mais elle est finement régulée par des mécanismes complexes qui font intervenir principalement deux hormones : l’insuline et le glucagon. Dans l’espèce équine, ce dosage est particulièrement intéressant chez les poulains nouveaux nés qui sont plus sujets à l’hypoglycémie.
L’urée et la créatinine sont également deux paramètres systématiquement mesurés lors d’un bilan biochimique classique, ils permettent d’évaluer la fonction rénale. La créatinine (CREA) est une molécule produite par les muscles (lors de la contraction musculaire) et est filtrée librement par les reins. Le cheval étant herbivore, la créatinine formée puis excrétée dans l’urine est donc uniquement proportionnelle à sa masse musculaire. Elle est un indicateur peu précoce de la fonction rénale car une augmentation de sa concentration dans le sang indique que plus de 70% des reins ne sont plus fonctionnels. L’urée (UREE ou BUN) est quant à elle une petite molécule azotée issue du catabolisme protéique. En effet, lorsqu’une protéine est dégradée, son déchet azoté est capté par le foie qui le transforme en urée pour que cette dernière soit éliminée, principalement par les reins. La concentration sanguine en urée, l’urémie, augmente donc lors d’insuffisance rénale ou lorsque le métabolisme protidique augmente (fièvre, infection, traumatisme), cette valeur doit être corrélée à la valeur de la créatinine.
Différents paramètres dosés dans le sang permettent d’évaluer le fonctionnement du foie. Dans un bilan biochimique, leur mesure est en général réalisée simultanément car chacun d’entre eux apporte d’importantes informations et l’interprétation des résultats se fait en reliant les valeurs les une aux autres. L’aspartate aminotransférase (ASAT) est une enzyme présente dans les cellules du foie et des muscles, elle est libérée dans le sang lors de la mort des cellules qui la contiennent, une augmentation de sa concentration dans le sang est donc en faveur d’une affection hépatique ou musculaire.
Les phosphatases alcalines (PAL) sont des enzymes synthétisées par les cellules des canalicules biliaires, elles sont des marqueurs d’affection hépatique avec cholestase (obstacle à l’écoulement de la bile) car une augmentation de leur quantité dans le sang indique une synthèse accrue de cette enzyme par les cellules des voies biliaires en souffrance. On retrouve également des phosphatases alcalines en quantité importante dans d’autres organes, comme les os et l’intestin, mais les maladies concernant ces tissus entrainent rarement une modification de leur dosage dans le sang. La gamma-glutamyl transférase (GGT) est aussi une enzyme de l’arbre biliaire, elle augmente généralement parallèlement aux PAL.
Les protéines du sang sont majoritairement synthétisées par le foie et ont de nombreuses fonctions : transport de molécules, coagulation, maintien de la pression sanguine, rôle dans l’immunité et l’inflammation. Lors du bilan biochimique classique, on dose en réalité les protéines totales (PT) qui regroupent essentiellement l’albumine (ALB, elle représente la moitié des protéines totales) et les globulines. Une diminution de cette quantité de protéines peut donc mettre en évidence un problème hépatique (car elles sont moins fabriquées) ou des pertes (lors de diarrhée par exemple).
Enfin, la bilirubine (BIL ou TBIL) est un pigment qui provient de la dégradation de l’hémoglobine (principalement) et de la myoglobine, celle-ci est excrétée par le foie dans la bile puis éliminée via le tube digestif dans les crottins. Lorsque sa concentration augmente dans le sang, elle donne l’aspect ictérique aux muqueuses. Cette augmentation peut être liée à une lyse importante des globules rouges, à une insuffisance hépatique (le foie n’arrive plus à capter la bilirubine pour l’éliminer dans la bile) ou à une cholestase (la bile ne peut plus s’écouler dans le tube digestif et la concentration de bilirubine augmente dans le sang).
Le bilan biochimique classique comprend également la mesure de deux autres paramètres permettant l’évaluation de la fonction musculaire : la créatine kinase et les lactates déshydrogénases. La créatine kinase (CK), aussi appelée créatine phosphokinase, est une enzyme présente dans les muscles et permet la contraction musculaire. Elle n’est normalement pas présente en quantité importante dans le sang car sa localisation normale est à l’intérieur des cellules, ainsi lors de lésions musculaires, sa concentration augmente dans le sang. Les lactates déshydrogénase (LDH) ne sont pas spécifiques des muscles, elles sont présentent dans de nombreux organes, mais une augmentation de leur concentration dans le sang, corrélée avec les autres paramètres de l’exploration biochimique des muscles, peut indiquer une souffrance musculaire. Il en est de même pour l’aspartate aminotransférase (ASAT) qui, comme nous l’avons vu précédemment est également présente dans le foie, mais ayant une activité élevée dans les muscles, elle est également un marqueur de lésions musculaires.
Finalement la lecture du bilan biochimique est relativement complexe, pour bien l’interpréter, il est impératif de corréler les valeurs des différents paramètres mesurés les unes aux autres. De plus, les résultats du bilan biochimique doivent être mis en relation avec le tableau clinique du cheval, le vétérinaire doit alors faire la synthèse de tous ces éléments. Cependant dans certains cas, les analyses sanguines précédemment décrites ne suffisent pas et il existe bien d’autres analyses biologiques possibles chez les chevaux pour aboutir au diagnostic.